Djeha-Hodja Nasreddin et sa femme
1. Djeha-Hodja
Nasreddin et le cocher
Djeha-Hodja
Nasreddin rentre chez lui, contrarié
par une mauvaise journée. Et pour une bagatelle, le voilà qui se dispute avec
sa femme :
- J'en ai assez, je m'en vais, je
quitte la maison !
Affolée et désemparée, sa femme lui
court après en demandant :
- Où vas-tu ? Dis-moi au moins où
tu vas aller...
Djeha-Hodja Nasreddin claque la porte,
sans répondre et s'en va. Une fois dehors, il arrête une calèche qui arrivait
et s'installe sans rien dire.
- Bonjour, Djeha-Hodja Nasreddin,
où veux-tu aller,
lui demanda le cocher
- Comment ça, où je veux aller. Je
ne l'ai même pas dit à ma femme et tu veux que je te le dise à toi !
2.
La
grasse matinée
Djeha-Hodja
Nasreddin et sa femme paressaient au lit et aucun d'eux n'avait envie de se
lever.
- Kalima, dit Djeha-Hodja Nasreddin, va voir dehors s'il pleut
encore.
- Non, le temps est sec, sinon tu entendrais le bruit de la pluie sur le toit.
- Alors, lève-toi pour mettre une bûche dans le feu.
- Tu ne vois pas d'ici qu'il reste encore des braises dans la cheminée ?
- Je vois que tu n'as aucune envie de te lever. Puisque tu as réussi à faire
deux tâches sans sortir du lit, dis-moi comment tu comptes t'acquitter de la
troisième ?
- Laquelle ? Interrogea Kalima
- Traire la chèvre qui se trouve dans la cabane, au bout du jardin.
3.
Le
potage de la belle-mère
En voyant sa femme pleurer sans aucune raison, Djeha-Hodja
Nasreddin lui demanda
- Que t'est-il arrivé ?
Sa femme, séchant ses larmes, lui répondit :
- Je me suis souvenu de ma pauvre mère. Elle aimait tellement ce potage.
C'est elle qui m'a appris à le faire.
Djeha-Hodja Nasreddin connaissait sa belle-mère et avait beaucoup de respect
pour elle. Donc il n'a rien dit. Il a pris une cuillerée de potage et l'a avalée.
Ses yeux se sont alors remplis de larmes.
- Qu'est-ce qui se passe ? Lui dit sa femme. Pourquoi pleures-tu
ainsi ?
- Je pleure, dit Djeha-Hodja Nasreddin, parce que c'est toi qui aurais du
être morte au lieu de ta pauvre mère.
4. Les jambes sciées
La femme de Djeha-Hodja Nasreddin n'était facile à vivre.
Elle le harcelait constamment et Djeha-Hodja Nasreddin en avait plus qu'assez.
Durant un de ses sermons, il parla des épouses acariâtres et il put vider son
cœur à souhait. Quand il eut fini, il se sentit mieux et demanda aux hommes de
l'assistance qui avaient des femmes acrimonieuses de se lever. Tous se
levèrent, ce dont il fut surpris. Un de ses amis lui dit :
- Djeha, tu es le seul à ne pas te lever ! Tu dois donc être très heureux
avec ta femme !
- Oh non ! Répondit Djeha-Hodja Nasreddin. J'allais me lever avant
quiconque quand j'en ai été empêché. J'ai été tellement déconcerté par le
nombre de personnes concernées que mes jambes se sont mises à trembler, à tel
point que je ne pouvais même plus bouger.
5.
Qui
a raison ?
Une grande controverse avait divisé le village en deux. On en appela à
Djeha-Hodja Nasreddin pour résoudre le problème. Sa femme l'avertit que cela
pourrait se retourner contre lui. Conscient de ses responsabilités, Djeha-Hodja
Nasreddin ne pouvait se dérober. Il alla à la place du marché et fit face aux
villageois réunis en deux clans opposés. Le leader et quelques voix du premier
groupe lui crièrent de s'assurer qu'il avait bien compris leur point de vue.
Après les avoir écoutés, il leur dit :
- Vous avez raison.
Les partisans du second groupe le menacèrent de leur poing pour le convaincre
de la validité de leur point de vue. Il les écouta et leur dit :
- Vous avez raison aussi.
Sa femme le tira par la manche et lui souffla qu'ils ne pouvaient pas avoir
raison tous les deux.
- Tu as raison toi aussi, lui répondit-il.
6. Si Dieu veut (in chaa Allah)
Djeha-Hodja Nasreddin
était déterminé à être plus entreprenant. Un jour, il dit à sa femme qu'il
allait labourer son champ près de la rivière et qu'il serait de retour pour le
dîner. Elle l'exhorta à dire "In chaa Allah" (si Dieu veut).
Il lui répondit que c'était son intention, que Dieu veuille ou ne veuille pas.
Horrifiée, sa femme leva les yeux au ciel et, prenant Allah à témoin, lui demanda
de lui pardonner pour ce parjure. Djeha-Hodja Nasreddin prit sa charrue, y
attela ses bœufs et, enfourchant son âne, s'en alla vers le champ. Cependant,
suite à une soudaine et brève averse, la rivière déborda. Son âne fut emporté
par le courant et, embourbé, un des bœufs eut une patte brisée. Djeha-Hodja
Nasreddin dut le remplacer lui-même. Il avait fini la moitié du champ seulement
quand le soir tomba. Il rentra chez lui, exténué. Il dut attendre longtemps
dans l'obscurité que le niveau de la rivière baisse, pour pouvoir traverser. Il
arriva vers minuit, trempé mais plus sage. Il frappa à sa porte.
- Qui est là ? Demanda sa femme.
- Je pense que c'est moi, si Dieu veut.
7.
La
gestation de sept jours
La première femme de Djeha-Hodja Nasreddin étant morte récemment, il décida de
se remarier. Exactement sept jours après le mariage, sa femme donna naissance à
un bébé. Hodja courut au marché, acheta du papier, des crayons, des livres et
revint mettre ces objets à côté du nouveau-né. Etonnée, sa femme lui demanda :
- Mais Effendi, le bébé n'aura
aucune utilisation de ces objets pour un certain temps encore! Pourquoi cette
précipitation ?
- Détrompez-vous ma chère, répondit Djeha. Un bébé qui arrive en sept
jours au lieu de neuf mois, est sûr d’avoir besoin de ces choses d’ici à deux
semaines au maximum.
8.
Le
visage revêche
Un soir, Djeha-Hodja Nasreddin rentre chez
lui, fatigué, cherchant un réconfort, mais ne trouvant, pour l’accueillir, que
la mine renfrognée de sa femme.
- Qu'est-ce qui ne va pas encore ? Se plaignit Hodja. C’est là toute
ma récompense après une dure journée de labeur?
- Oh! Dit sa femme, le petit garçon de notre voisin est mort. Je suis
allé participer à la prière et je viens juste d’en revenir.
- Je me souviens, répliqua Hodja, Tu as le même visage revêche que quand
tu reviens d’un mariage.
9.
L'âge de sa femme ?
Djeha-Hodja Nasreddin est allé chez le cadi pour divorcer. Ce dernier lui a
demandé le nom de sa femme.
- Je ne sais pas, a t-il répondu
- Depuis combien d’années êtes-vous mariés?
- Depuis plus de vingt ans
- Comment se fait-il que tu ignores le nom de ta femme?
- Je n'ai jamais pensé que le mariage durerait, donc je n'ai pas fait l'effort
d'apprendre le nom de la jeune mariée.
10.
Tout le monde est là !
Allant chercher des œufs au marché, Djeha-Hodja Nasreddin en ramena un.
- Comment, lui dit sa femme, que veux-tu que je fasse d'un seul œuf !
Il m'en faut une demi-douzaine ! Pourquoi fais-tu toujours les choses au compte
gouttes !
Il retourna au marché et ramena cinq autres œufs. Mais, quelque temps après, sa
femme tomba malade et était mal en point.
- Va vite me chercher un médecin, lui dit-elle, qu'il fit illico. Il
arriva avec plusieurs personnes et dit à sa femme :
- Cette fois, tu n'auras pas de reproches à me faire car j'ai suivi ton
conseil et je t'ai ramené la demie-douzaine : avec le médecin, voici le
pharmacien, le commerçant du bazar qui t'a apporté une bouillante pour te tenir
chaud, le marchand de bois pour nous permettre de faire un bon feu dans la
cheminée, l'imam qui va prier pour ta guérison et, il y a même le croque-mort,
on ne sait jamais !
11.
La mort de Djeha-Hodja Nasreddin
Un jour qu'il se sentait mal en point, Djeha-Hodja Nasreddin s'étendit sur le
chemin qui menait à sa maison, se croyant mort. Il s'est dit que quelqu'un
finirait bien par passer par là et irait annoncer la nouvelle au village. Comme
personne n'était venu, il se leva et alla chez lui annoncer la nouvelle à sa
femme :
- Halouma, je viens juste de mourir, tu trouveras mon corps sur le chemin
qui mène à la rivière. Il repartit s'étendre à nouveau sur le chemin. Sa
femme alla voir le cadi et lui dit :
- Mon mari est mort, il est sur le chemin qui mène à la rivière.
- Halouma, En es-tu sûr ! Je viens juste de voir ton mari qui gambadait comme
un cabri et je t'assure qu'il se portait à merveille !
- J'en sui sûr ! Il est venu me l'annoncer lui-même !