Nouvelles histoires de Djeha-Hodja Nasreddin 01

 

 

  1. Des gifles par anticipation
    Djeha-Hodja Nasreddin sort sur le pas de sa porte en tenant une cruche, mais se rendre à la fontaine par cette chaleur est une corvée. Il avise une petite fille qui passe par-là et lui demande d’aller lui chercher de l’eau.
    - Surtout ne casse pas la cruche, lui recommande-t-il et là-dessus lui donne une paire de gifles.
    La petite se met à pleurer et son voisin qui a vu la scène, est furieux d’une telle brutalité :
    - Dis-moi,-lui répond Djeha, toi qui fais le censeur : à quoi servent les gifles une fois la cruche cassée ?
  2. Des lunettes pour lire les rêves
    Réveillant sa femme au milieu de la nuit, Djeha-Hodja Nasreddin lui dit
    - Donnes moi vite mes lunettes.
    - Qu’as-tu besoin de lunettes en pleine nuit ?
    Lui dit-elle
    - C'est que, répondit Djeha, j'ai fait un rêve très intéressant et je souhaite  voir certains des détails qui sont un peu flous.
  3. Djeha veut apprendre le luth
    Djeha-Hodja Nasreddin s’est mis en tête d’apprendre la musique et s’en fut à la recherche d’un maître:
    « - Je veux apprendre à jouer du luth. Combien cela me coûtera-t-il ?
    - Pour le premier mois, trois pièces d'argent. Ensuite, une seule pièce par mois.
    - Parfait ! Je commencerai le deuxième mois. »
  4. Djeha employeur
    Prenant de l'âge, Nasreddin engage un valet pour l'aider à quelques travaux dans la ferme.
    - Es-tu content de lui ? demanda un peu plus tard la personne qui l'avait recommandé. Est-il sobre, travailleur, respectueux ?
    - Oui, à peu près,
    répond le Hodja, mais il a un grave défaut : il ne cesse de me demander de l'argent.
    - Mais pour quoi en faire ?
    Reprend l'autre.
    - ça, je ne sais pas, je ne lui encore rien donné.
  5. Djeha entre l’imam et le cadi
    Tout une après-midi, Djeha-Hodja Nasreddin s'est promené en compagnie de deux notables de la ville, l'imam et le cadi, mais l'heure est venue de se séparer.
    - Tu es vraiment un homme surprenant, remarque le religieux. Parfois tu sembles un filou capable de voler et de duper n'importe qui, et puis, quelques instants après, on croirait avoir affaire à un imbécile. Allons, Nasreddin, sois franc pour une fois, continue le magistrat, dis-nous donc qui tu es en réalité : un escroc, un idiot ?
    - Cela dépend
    , répond Nasreddin, mais ce que je peux vous dire tout de même, chers amis, c'est qu'en ce moment je suis juste entre les deux !
  6. Djeha et le signe de croix
    Un jour, un homme vit sortir Nasreddin Hodja de la mosquée en faisant le signe de croix. Il alla vers lui en criant:
    "- Nasreddin! Comment oses-tu faire un signe de croix en sortant de la mosquée? Serais tu devenu chrétien?
    - Chrétien? Mais non! Je réfléchissais en me disant, Djoha, utilise ta tête pour savoir comment te nourrir sans fatiguer ni l'épaule droite ni l'épaule gauche?
  7. Ecrire avec ses pieds ?
    - Nasreddin, j'ai une lettre importante à envoyer à Istanbul.
    - Tu sais bien que je n'ai pas été à l'école : veux-tu me l'écrire ?
    - Excuse-moi,
    répond Nasreddin, j'ai mal aux pieds.
    - Tu te sers de tes pieds pour écrire ?
    - Non, avec les pieds, je marche, mais j'écris tellement mal qu'il faut que j'aille moi-même auprès du destinataire pour lui lire ma lettre
  8. Inchaa Allah1
    Djeha-Hodja Nasreddin se réveilla un jour avec une sage et courageuse résolution. Il dit à sa femme qu'il allait labourer son champ près de la rivière et qu'il serait de retour pour le dîner. Elle l'exhorta à dire "In chaa Allah" (si Dieu veut). Il lui répondit que là était son intention, que Dieu veuille ou ne veuille pas. Horrifiée, sa femme, prenant Allah à témoin, lui demanda de lui pardonner pour ce parjure. Djeha-Hodja Nasreddin prit sa charrue et, enfourchant son âne, s'en alla vers son champ. Cependant, suite à une soudaine averse, la rivière déborda. Son âne fut emporté par le courant et, embourbé, un de ses bœufs eut la patte brisée. Djeha-Hodja Nasreddin dut le remplacer lui-même. Il avait fini la moitié du champ seulement quand le soir tomba. Il rentra chez lui, exténué. Il dut attendre longtemps dans l'obscurité que le niveau de la rivière baisse, pour pouvoir traverser. Il arriva fort tard, trempé et frappa à sa porte.
    - Qui est là ? Demanda sa femme.
    - Je pense que c'est moi, si Dieu veut.